Dans ce College exclusivement réservé aux garçons, il y a inspection des dortoirs tous les soirs. Aux cours, les profs sont loufoques, perchés ou bizarrement tactiles. Le futur peuple anglais est là, dompté. Le silence doit être respecté. Les prières obligatoires. Le religieux y fait le réquisitoire de la désertion. La religion comme la guerre, avec Jésus pour commandant en chef.
La hiérarchie au sein du bahut ne se discute pas malgré son injustice. Les étudiants devant faire régner l’ordre ont une salle à eux, un cocon cosy où ils se tartinent des muffins en reluquant les gamins. D’autres fois, ils profitent d’un café dans leur bain tandis qu’ils comptent les minutes que passent leurs camarades sous les douches glacées.
L’atmosphère est malsaine quand, victimes d’une violence gratuite, arbitraire, ces jeunes gens ont à remercier leurs tortionnaires après les claquements de fouets.
Travis n’est pas tout à fait comme les autres. Pour lui, la violence et la révolution, voilà ce qui vaut quelque chose. Ce sont les seules actions pures. Pour les autres élèves, il est « dégénéré », trop anticonformiste pour être acceptable, surtout dans ce pensionnat anglais où la discipline écrase toutes les jeunes volontés. Pourtant, on voit passer alcool et clopes sous les vestes chics de ces enfants modèles et hormis quelques bizutages, le quotidien n’y semble pas si terrible. Mais Travis, et deux de ses amis, n’en peuvent plus de cette domination absurde. Ils déclarent la mort à l’oppresseur. Liberté. Résistance. Le rebelle, une étincelle inquiétante dans l’œil, lâche un jour : « Un homme peut changer le monde avec une balle placée au bon endroit. »
If…. est culte. Simplement culte. Des dialogues ciselés et une bande originale impeccable pour une mise en scène bien foutue. Bref, ça n’est pas vraiment un hasard si le film a raflé la Palme d’Or cannoise en 1969. Lindsay Anderson y capture la révolte de son temps, la frénésie et le ras-le-bol d’une société anglaise patriarcale, ultra-codée. Dans l’univers de ce cinéaste british, de la fantaisie, de l’énergie, de la poésie. Un film comme un beau coup de poing dans la gueule.
Parmi les scènes mémorables, celle de la féline bataille entre Travis et la serveuse dans un café de bord de route. Celle de l’échappée en ville, et évidemment la séquence finale, celle qui a fait hurler à la mort toutes les autorités de l’époque, où notamment une vieille bourgeoise apprêtée beugle un sonore « Bâtards !!! » en faisant crépiter sa mitraillette.
Fauché, Anderson n’a pas pu tourner toutes les scènes en couleurs. L’alternance des plans colorés et en noir et blanc ajoute à l’étrangeté de l’univers. Et puis, écrivons-le, ce film est aussi une légende parce qu’il a pour assistant-réal le jeune Stephen Frears (The Queen en 2006) et pour interprète principal, et pour la première fois au cinéma : Malcom MacDowell, le cauchemardesque Alex d’Orange mécanique (1971). C’est d’ailleurs en regardant If…. que Monsieur Kubrick a eut l’idée d’engager MacDowell pour son futur film. Rien que ça.
If…. est révolté mais pas naïf. Il ose passer le cap du raisonnable, montrer comment la violence perdure même quand la crosse a changé de camp.
Pour les veinards, If…. ressort en cette fin d’année dans quelques rares salles françaises. Ou sinon, il est dispo en DVD version import.
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